Abstention : 3 mesures pour sauver la démocratie

Reconnaissance du vote blanc, jugement majoritaire, bons pour l’égalité démocratique : au lendemain du 1er tour des élections régionales marqué par un terrible record d’abstention, l’association Démocratie ouverte exhorte les responsables politiques à adopter enfin les mesures d’urgence qui permettraient aux Français·e·s de retrouver intérêt et confiance dans leur système politique.

Le symptôme d’une démocratie à bout de souffle

Au 1er tour des élections Régionales de juin 2021, 2 électeurs sur 3 ne se sont pas déplacés pour aller voter. 82% chez les moins de 35 ans. 84% chez les 18-24 ans ! L’abstention atteint un niveau record sous la Ve République et ne cesse de progresser. Ce phénomène est alarmant et révèle l’ampleur du fossé qui se creuse entre les Français et leurs représentants, de plus en plus “mal élus”. Aujourd’hui, 40% de ces abstentionnistes considèrent qu’il est inutile de voter (“ça ne changera rien”). 34% manifestent leur colère envers le système politique. 32% sont mécontents de l’offre politique et ne voient pas leurs idées représentées.  

Demain, quelle sera la légitimité d’élus choisis par une minuscule fraction de la population ? Au final, les futur·e·s Président·e·s de Région n’auront réellement été élus au 1er tour que par 6,5% à 13,6% (maximum) de la population en âge de voter ! 

Nous sommes très loin de la majorité, qui pourtant est encore aujourd’hui un des fondements du système représentatif français.  

“Ces élections devraient être annulées”

Malgré le constat de la désertion des isoloirs, le personnel politique et les commentateurs se contentent souvent d’exprimer leur inquiétude sans jamais prendre de mesures concrètes, à la hauteur des enjeux, pour recréer de la confiance et faire baisser l’abstention. Pourtant les solutions existent. 

Aujourd’hui, face à cet effondrement démocratique, nous tirons le signal d’alarme et exhortons les responsables politiques à sauver la démocratie en adoptant une série de mesures d’urgence permettant aux Français de retrouver intérêt et confiance dans leur système politique. Si rien n’est fait, nous considérons que notre démocratie, déjà qualifiée de “défaillante” par les observateurs internationaux, risque de glisser rapidement vers un système de plus en plus autoritaire et vertical. 

Que proposons-nous ?

Pour retrouver la confiance entre citoyens et représentants, voici 3 “mesures d’urgence” qui touchent directement le fonctionnement des élections et qui permettraient d’évoluer vers une démocratie plus représentative, des élections plus démocratiques et des partis politiques qui fonctionnent mieux : 

1.Mettre en place le vote par “jugement majoritaire”

Nous proposons de changer et d’harmoniser les modes de scrutin de toutes les élections françaises (municipales, départementales, régionales, présidentielles, législatives et européennes) pour utiliser désormais le vote au “jugement majoritaire”, qui permet de corriger tous les problèmes du vote classique (phénomènes de “vote utile”, de vote par défaut, non reconnaissance du vote blanc, alliances hétéroclites, etc.) – Par ailleurs, nous proposons de coupler ce nouveau mode de scrutin à l’élection de binômes paritaires (femmes-hommes, comme aux départementales) et à plus de proportionnelle dans la composition des Assemblées.
Plus d’informations sur le jugement majoritaire

2.Reconnaitre le vote blanc et refaire les élections en cas de quorum non atteint

Nous proposons de donner un véritable statut au vote blanc, en annulant les élections qui n’auraient pas atteint un quorum de 50% de participation. Une nouvelle élection devrait alors être organisée avec de nouveaux candidats. 

3.Financer les partis via les “bons pour l’égalité démocratique”

Nous reprenons et soutenons les propositions de l’économiste Julia Cagé, qui préconise de revoir le mode de financement des partis politiques en instaurant des “bons pour l’égalité démocratique”. Chaque année, les citoyens pourraient décider des partis politiques qu’ils souhaitent financer. Un système comparable pourrait être mis en place pour décider du financement des médias. L’objectif est de garantir des élections basées sur des débats éclairés et un financement plus citoyen, désintoxiqué de l’influence des intérêts privés. Surtout, l’intérêt est de réimpliquer le citoyen dans la construction du paysage politique français et de donner du sens aux campagnes politiques en mettant le citoyen au cœur des décisions, à commencer par le choix de financer tel ou tel parti. Aujourd’hui seuls 16% des français disent avoir confiance dans les partis politiques ! Ce sont les organisations envers lesquelles les français ont le plus de défiance, depuis des décennies. Il est donc essentiel de repenser leur fonctionnement et leur financement. 

Plus d’informations sur les bons pour l’égalité démocratique 

Evidemment, ces trois propositions ne résoudront pas à elles seules tous les problèmes de notre système politique

Les causes de l’abstention sont profondes et révèlent une accumulation de dysfonctionnements (affaires et corruption, promesses non tenues, arrangements, pertes de pouvoir citoyen, influence des lobbies, etc.) – Le constat est sombre, et les mesures proposées peuvent paraître utopiques à certains, anecdotiques pour d’autres. Pourtant, la crise démocratique que nous sommes en train de vivre est réelle, et tant que nous continuerons d’en ignorer les conséquences bien visibles (abstention, montée du populisme autoritaire, désintérêt et rejet des institutions), aucune solution viable ne pourra émerger. 

Au-delà des 3 mesures d’urgence que nous mettons en avant aujourd’hui, il est essentiel de repenser en profondeur notre système politique. Ainsi, nous proposons d’aller encore plus loin, avec des transformations structurelles de notre démocratie. Beaucoup d’organisations telles que Démocratie Ouverte et les innovateurs démocratiques de son réseau mettent sur la table des solutions : RIC Délibératif, institutionnalisation des conventions citoyennes, création d’une banque de la démocratie pour financer les innovations citoyennes, refonte des institutions, usage accru du numérique et des technologies civiques (civic tech), développement de la démocratie directe locale, création d’un parcours pour former les citoyens de demain…  

Nous sommes convaincus que l’abstention n’est qu’un symptôme de la crise démocratique et que les solutions doivent être co-construites avec celles et ceux qui boudent aujourd’hui la politique. Nous proposons que, dès le début du prochain mandat, une Convention Citoyenne portant sur le “renouveau démocratique” soit tirée au sort.  Son mandat ? Choisir et articuler ces différentes innovations démocratiques, repenser le fonctionnement des institutions, pour progresser vers une démocratie plus directe et délibérative, moins soumise à l’influence des lobbies et laissant plus de place à la participation continue des citoyennes et des citoyens.

En attendant cette Convention Citoyenne pour le Renouveau Démocratique (CCRD), nous appelons évidemment les citoyennes et citoyens à se mobiliser aux prochaines élections pour aller voter …et à choisir les candidates et candidats aux propositions les plus ambitieuses concernant l’innovation démocratique.