“La grande gagnante des dernières élections, c’est l’abstention”

28% à la Présidentielle, 53,7% aux législatives, 67% aux régionales : la grande gagnante des dernières élections, c’est l’abstention. Et, comme à chaque fois, ce chiffre pourtant très concret, pointé dans les médias et commenté par la classe politique ne sera pas suivi de mesures réelles et nécessaires. Et sa courbe continuera de grimper inexorablement. Alors qu’il existe pourtant des leviers à actionner pour remobiliser citoyennes et citoyens. Car, derrière ce chiffre opaque et ce mot englobant se cachent des gens, de potentiels votants qui, par colère, rejet ou incompréhension, boudent les urnes. Et nous ne pouvons pas leur en vouloir.

La dernière Présidentielle a rejoué le duel Macron-Le Pen de 2017, une redite électorale qu’on peut imputer à la classe politique mais aussi à nos institutions. Et c’est à cette dernière que nous devons nous adresser. Nous, associations et organisations mais aussi citoyennes et citoyens en interpellant nos élus, du maire au député. Et ce tout au long de leur mandat. Mais c’est surtout à la classe politique de digérer l’ampleur du malaise démocratique. À elle de réformer nos institutions de l’intérieur avant qu’un problème de représentation majeur ne les fassent éclater. Et pour cela, la boîte à outils démocratique mérite d’être enrichie. À commencer par la reconnaissance du vote blanc.

“Reconnaitre le vote blanc…”

Rejeté depuis plus de 40 ans par députés et gouvernements successifs, dévitalisé par la réforme de 2014, le vote blanc est pourtant plébiscité par 86% des français. Et son application pourrait se faire en trois axes : mettre à disposition, décompter et appliquer. 

Mettre à disposition des bulletins blancs lors de chaque élection matérialiserait ce choix et faciliterait son usage. Les décompter comme n’importe quel bulletin et surtout dans les résultats légitimerait ce choix et donnerait une meilleure idée des scores réels (tout comme un décompte des pourcentages en fonction des inscrits et non des votants). Et surtout, en cas de majorité, on pourrait sanctionner la classe politique. Avec 50% de votes blancs, une élection serait annulée et réorganisée quelques mois plus tard.

Un outil simple et une alternative à l’abstention qui permettrait de pointer plus réellement l’engagement des citoyens sans pour autant valider des candidatures qui leur déplaisent. Un outil pour donner leur juste valeur aux scores électoraux. Et, en cas de paralysie dudit système, par manque de voix pour un projet, une réflexion de fond sur nos modalités de scrutins et notre classe politique. Car, ne nous voilons pas la face, le vote blanc est une roue de secours pour la Vème République et ses partisans. La dernière chance pour une classe politique sur la sellette de changer en profondeur son fonctionnement, ses valeurs mais aussi ses acteurs dont françaises et français se sentent de plus en plus éloignés. Et cette révolution politique, cette lutte contre l’abstention est l’occasion, comme le propose Démocratie ouverte, d’actionner d’autres leviers de renouveau démocratique. Ceci passe en premier lieu par la facilitation de l’inscription sur les listes électorales. Aberration administrative en 2022, cette inscription devrait, à minima, être automatiquement mise à jour en fonction de nos déclarations d’impôts annuelles. Comme c’est déjà le cas à nos 18 ans. Manœuvre simple pour éviter une mal-inscription qui concernait encore, comme le soulignaient récemment des structures comme A voté ou Tous Elus, quelques 7,6 millions d’électrices et d’électeurs. Tout particulièrement étudiants et bénéficiaires des logements sociaux, déjà peu concernés par les campagnes électorales et le vote.

“Expérimenter le jugement majoritaire…”

Car, voter, il le faut dans un système représentatif, mais voter comment ? Le scrutin uninominal à deux tours a montré ses faiblesses lors des dernières élections où se sont rejouées des stratégies politiques partisanes. Expérimenter le jugement majoritaire permettrait aux électrices et électeurs d’effectuer un choix plus nuancé et de juger réellement tous les candidats et programmes proposés. Une mesure novatrice expérimentée lors de la Primaire populaire mais aussi à l’échelle locale dans de nombreuses collectivités comme Paris. Laissons-la faire ses preuves en d’autres lieux du politique. Une expérimentation qui permettrait de sensibiliser mais aussi d’éduquer citoyennes et citoyens à ce nouveau mode de scrutin.

“Mettre en place un dispositif national d’éducation à la citoyenneté…”

Car enfin et surtout : la démocratie, comme n’importe quelle discipline, ça s’apprend. Et nous pensons urgent de mettre en place un dispositif national d’éducation à la citoyenneté qui dépasse les quelques heures théoriques du secondaire. C’est d’ailleurs le combat de nombreuses associations de terrain à l’image de Cité des Chances qui méritent plus de moyens pour insuffler ce goût pour la politique et l’engagement citoyen.

Nous pensons qu’il est nécessaire d’expérimenter la démocratie dans les établissements scolaires, et pas seulement pour élire des délégués. Collégiens et lycéens devraient pouvoir voter pour des projets pédagogiques, des initiatives de quartier et ainsi participer apprendre les rouages de la chose publique en la pratiquant.

En bref, il faut former nos jeunes aux enjeux démocratiques et à l’utilisation de ses nombreux outils pour que nos représentants, leurs programmes et notre avenir nous ressemblent vraiment. Il n’y a qu’en actionnant ces différents leviers que l’abstention reculera.

Journaliste et ancien rédacteur en chef du média participatif, la Zone d’expression prioritaire (zep.media), Elliot Clarke s’est lancé début 2021 dans le combat pour la reconnaissance du vote blanc. Il a défendu une pétition à l’Assemblée nationale et une proposition de loi jusqu’aux élections présidentielle et législatives de 2022 donnant naissance à un média vidéo engagé, @levoteblanc, qui met actuellement en lumière les initiatives de renouveau démocratique et l’actualité politique.