Démocratie locale : à quoi peuvent bien servir les réseaux sociaux ?

En vue des élections municipales de 2020, Démocratie Ouverte propose chaque semaine à un partenaire de prendre de la hauteur sur un sujet de démocratie locale. Cette semaine : Romain Badouard, Institut Français de Presse, Université Paris II Panthéon Assas 

Les municipalités ont toujours été confrontées à un paradoxe concernant la participation politique en ligne. Alors que le web et les réseaux sociaux témoignent d’une véritable effervescence citoyenne, les expériences visant à capter et canaliser cette énergie démocratique via des forums ou des sites participatifs municipaux se sont majoritairement soldées par des échecs. La « démocratie sauvage » qui s’exprime en ligne semble difficile à « domestiquer » à travers des procédures institutionnelles, que les internautes délaissent aux profits d’espaces où ils peuvent s’auto-organiser. 

Une autre logique a consisté, pour les services en charge de la citoyenneté, à investir les réseaux sociaux pour aller chercher les publics « là où ils se trouvent ». Une plateforme comme Facebook par exemple, présente un certain nombre d’avantages. Elle offre à la fois la possibilité de communiquer vers les citoyennes et les citoyens pour faire connaître les actions de la municipalité, tout en leur permettant de s’exprimer spontanément et de faire remonter du terrain diverses observations et préoccupations. Par ailleurs, Facebook est une plateforme populaire, au deux sens du terme, c’est-à-dire qu’elle est à la fois beaucoup utilisée, et privilégiée par des publics souvent éloignées des dispositifs participatifs traditionnels (les classes populaires, les jeunes, les actifs). Enfin, à l’heure du phénomène des « bulles cognitives » sur les réseaux sociaux, qui veut que leur fonctionnement favorise les échanges entre internautes partageant les mêmes opinions, les pages des villes ou des projets municipaux constituent à l’inverse des « tiers espaces » qui peuvent toucher des individus aux opinions et intérêts variés. 

La communication sur les réseaux sociaux ne va pas pour autant sans poser de problèmes, loin de là. Les codes du débat y sont différents, l’agressivité y est davantage tolérée et la violence expressive peut avoir une dimension stratégique, notamment quand les internautes cherchent à se faire valoriser par leur outrance. Les pages officielles des municipalités ou des personnalités locales peuvent ainsi devenir le déversoir d’oppositions et de frustrations diverses et variées, voire être la cible de campagnes de cyber-harcèlements politiques organisées par des opposants. Le contexte actuel, caractérisé par une très forte défiance à l’égard des institutions, n’aide pas à la construction d’un débat apaisé. Le pouvoir que les plateformes détiennent sur la visibilité des informations est également un sujet de préoccupation légitime. Les algorithmes de tri des posts sur les Groupes ont tendance à favoriser les contenus les plus radicaux, quand ce sont ceux qui sont les plus aimés par ses membres. Mais les plateformes peuvent également jouer un rôle de censeurs, en limitant la visibilité de certaines informations, qui sont postées par des Pages ou des Groupes, mais n’apparaissent pas dans les fils d’actualité de celles et ceux qui les suivent. 

Est-ce à dire que les espaces de participation en ligne ne peuvent rien pour la démocratie locale ? Rien n’est moins sûr. Sur une plateforme comme Change.org par exemple, nombreuses sont les pétitions à viser un objectif local. Ces outils qui entendent équiper des démarches de lobbying citoyen jouent un rôle important en donnant à voir et en quantifiant des prises de position dans l’espace politique local. Ils permettent également aux municipalités de prendre la parole pour répondre à ces préoccupations. Les réseaux sociaux en général peuvent (aussi) être considérés comme des instruments de connaissance d’une opinion publique peu visible dans les médias et dont les sondages peinent à rendre compte. Si les limites de ces instruments doivent être connues, la prise en compte de ces expressions citoyennes spontanées et plurielles, quelles que soit leurs formes, constitue aujourd’hui un impératif pour la vie démocratique locale.

 

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