Encourager les initiatives associatives et citoyennes

Les institutions publiques n’ont pas le monopole de l’intérêt général. A leurs côtés, des associations, des entreprises (notamment de l’économie sociale et solidaire), des syndicats, des collectifs citoyens et des individus agissent au quotidien dans un souci du bien commun.

Trop souvent, la démocratie est pensée uniquement dans son incarnation institutionnelle représentative. L’exercice d’une démocratie ouverte consiste au contraire à conjuguer les différentes facettes démocratiques d’un territoire. Il s’agit de réussir à coordonner une diversité d’acteurs autour de projets et d’actions communes, au plus proche d’une définition collective de l’intérêt général.

Donner une place aux corps intermédiaires

À une échelle ultra-locale comme à une échelle nationale, des organisations tentent de représenter des catégories de la population. De manière plus ou moins assumée, elles parlent en leur nom, se faisant parfois l’écho des sans-voix et de ceux qui se sentent loin des institutions. Comment réussir à les associer aux projets du territoire, sans pour autant fermer la porte à la participation directe de citoyens ? Comment combiner ces deux formes de démocratie ?

Citoyens et société civile dite « organisée » ne contribuent pas de la même façon au débat local. Alors que les contributions des citoyens sont souvent directes, authentiques et plus facilement émotionnelles, celles de la société civile organisée sont souvent plus construites, étayées et policées. Il convient alors d’avoir recours à des dispositifs différents, bien articulés les uns aux autres : certaines collectivités prévoient des collèges différents au sein de leurs instances participatives, à l’instar de la ville de Kingersheim et de ses conseils participatifs. D’autres proposent aux corps intermédiaires des formats de participation plus contraignants et approfondis que pour le grand public. Sur ce modèle, la Commission Nationale du Débat Public propose un format de contributions libres pour les individus et de cahiers d’acteurs pour les organisations. Les dispositifs peuvent aussi différer dans leur temporalité : la société civile organisée, plus professionnalisée, sera plus à l’aise dans des formats longs, en journée, sur des grandes périodes, alors que le citoyen préfèrera la recherche d’un impact directement visible, plutôt sur des temps court et lors de soirées ou en week-end.

Soutenir le développement des initiatives citoyennes

Se détournant des partis politiques et des syndicats, beaucoup de citoyens privilégient désormais d’autres formes d’engagement, dont l’impact est directement perceptible, pour se sentir utiles « ici et maintenant ». Ainsi de nombreuses initiatives citoyennes fleurissent un peu partout, souvent portées par des associations, parfois par des collectifs sans structure juridique. Le site www.transiscope.org recense plus de 22.000 initiatives et projets s’inscrivant dans la transition écologique et solidaire en France. Ces initiatives citoyennes trouvent des solutions et agissent parfois sur des champs d’intérêt général qui recouvrent les compétences d’institutions publiques. Il arrive que les élus et agents des collectivités concernées voient d’un mauvais œil ces initiatives qui viennent « faire concurrence » à leurs politiques publiques… alors que cet engagement de la société civile crée de la valeur pour tout le monde ! Dans une démocratie ouverte, il y a un changement de posture fondamental à opérer. Il s’agit d’accepter de ne pas tout maîtriser, de faire confiance à ces citoyens et leurs initiatives et d’entrer dans une logique d’alliances et de co-responsabilité plutôt que de concurrence. 

Au-delà des subventions, les collectivités peuvent apporter beaucoup aux initiatives citoyennes : ingénierie, reconnaissance, mise en réseau, formation, mise à disposition de lieux… Dans l’autre sens, ces initiatives citoyennes peuvent constituer des ressources inestimables pour les collectivités locales : action directe et réactive, créativité, force d’engagement et implication citoyenne. Il s’agit d’un véritable défi pour les collectivités du XXIème siècle : celles qui réussissent à créer un cadre favorable pour le développement des initiatives citoyennes sont assurées d’avoir les moyens de démultiplier leurs actions en faveur de leur territoire, en témoigne l’expérience de la Ville de Trémargat. Pour cela, une action concrète consiste à ouvrir des lieux dédiés à la citoyenneté, comme la Maison des Initiatives Citoyennes à Nanterre ou les Halles Civiques à Paris. 

S’engager dans le mouvement des communs

Entre action publique et sphère privée, se développe un nouvel espace d’action : les « communs », des ressources partagées et gérées par une communauté ouverte d’acteurs : un bâtiment, un pré, une machine, un outil, un logiciel… Souvent, on y observe des pratiques de gouvernance démocratique des plus innovantes et créatives. Par exemple, les communautés de développeurs de logiciels libres et open source ont mis en place des systèmes de contribution efficaces, permettant à des centaines d’individus de participer à des projets communs, avec des systèmes de régulation basés sur la reconnaissance par les pairs et la réputation. La culture numérique collaborative a d’ailleurs inspiré des acteurs politiques, comme les partis pirates européens, qui ont imaginé des modes d’action et de représentation bien plus fluides et souples que ceux que proposent nos systèmes institutionnels classiques. Ils nomment leur nouveau système d’organisation « démocratie liquide ».

Dans un contexte de raréfaction des ressources, de défis toujours plus immenses à relever et de contraintes budgétaires, la puissance publique a tout intérêt à coopérer avec les énergies de la société civile investie dans l’intérêt général, et ainsi à s’engager dans le mouvement des communs en se considérant comme un acteur parmi les autres et non comme un acteur plus légitime que les autres. Les collectivités peuvent développer des outils numériques ouverts, mais aussi favoriser le « faire ensemble » en mettant leur budget d’investissement au service de projets gérés par les citoyens, comme le fait la Ville de Loos-en-Gohelle avec le fifty-fifty, ou les Villes de Montreuil et Saint-Denis dans le cadre de leurs budgets participatifs. Construire le territoire ensemble peut passer par l’architecture participative, l’intervention de compagnies artistiques et l’ouverture de chantiers au public (comme à l’Ile-Saint-Denis et à Grenoble). 

Au final, en contribuant au développement d’une culture partagée de la démocratie ouverte et du pouvoir d’agir des citoyens les plus éloignés de l’institution, il s’agit de consolider les fondements d’une société démocratique, basée sur des droits civils, politiques et sociaux.

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