Favoriser la participation d’une diversité de publics

Comment s’adresser à des publics différents, dépasser le cercle des « TLM » (« Toujours les mêmes ») et créer des dynamiques d’engagement pérennes ? Cette question est une des clés de réussite des démarches participatives, qu’elles soient initiées par une mairie, une association ou un collectif citoyen. Elargir et diversifier le public permet d’enrichir les échanges d’une pluralité de points de vue et d’augmenter la représentativité du résultat final. Comment susciter l’intérêt et créer de l’engagement autour d’une démarche de participation?

Tournée Citoyenne en région Centre Val de Loire à la rencontre des habitants dans leurs bassins de vie.

Les motivations personnelles à la participation

 Pour qu’elle rencontre son – ou ses – publics, une démarche de participation doit répondre aux attentes et préoccupations des habitants. La motivation personnelle peut être nourrie par des valeurs, des convictions ou des besoins. Selon une étude de Julien Talpin et Alice Mazaud (1), il existe quatre registres de motivation personnelle à la participation citoyenne : le devoir civique, l’intérêt personnel, la sociabilité et l’enrichissement cognitif.

Le “sens de la citoyenneté” n’est donc pas l’unique levier d’engagement. L’intérêt personnel est un puissant moteur. C’est pourquoi les réunions publiques attirent en premier lieu les habitants ayant un intérêt particulier à défendre. Le syndrome “NIMBY” (‘“Not In My BackYard”) est bien connu : les gens se mobilisent davantage pour s’opposer à un projet qui les concerne concrètement car ils ont alors beaucoup à perdre ou à gagner en participant. Dans cette logique de calcul “coût / bénéfice”, mobiliser plus largement nécessite de donner un réel pouvoir aux citoyens, car donner de son temps nécessite que ça “vaille le coup”.

En outre, pour susciter l’engagement de nouvelles personnes, rien de tel que de les inviter à passer un bon moment autour d’un événement convivial. Les réunions publiques ne sont pas condamnées à se dérouler dans une salle municipale, autour d’une table. La participation peut aussi s’organiser lors de temps plus festifs ou grâce à des méthodes collaboratives, comme le world café ou le débat mouvant, afin de s’impliquer tout en faisant des rencontres ou en se divertissant.

L’enrichissement cognitif est le quatrième registre de motivation : il s’agit d’apprendre de nouvelles connaissances, compétences ou aptitudes au travers des démarches participatives (ex : les règles d’urbanisme, la prise de parole en public ou encore la capacité à comprendre des points de vue différents du sien…). Pour activer ce levier, il est possible de donner un rôle actif aux participants, en leur proposant d’animer des débats, de mener des enquêtes ou d’élaborer des propositions. Par exemple, à Castillon-la-Bataille (33), la rénovation du centre-ville a fait l’objet d’une démarche participative multiforme avec des rencontres dans l’espace public pour capter l’attention, des activités ludiques (faire réagir à des affiches, imaginer des usages partagés), un jeu de piste à travers la ville pour récolter les attentes envers le projet et un concours de totem pour définir son identité visuelle. Au final, près de 440 personnes ont participé, pour une commune de 3000 habitants (2).

En outre, des personnes-ressources peuvent accompagner les participants les moins à l’aise au sein des dispositifs participatifs pour qu’ils puissent développer leur pouvoir d’agir citoyen. Cette autonomisation enrichit leur expérience, ce qui favorise des parcours d’engagement dans la durée.

Créer les conditions de l’engagement

Pour passer à l’action, il ne suffit pas d’être motivé, il faut aussi le pouvoir. Trois autres facteurs conditionnent la participation des citoyens : la connaissance des opportunités de participation, les ressources et l’existence d’un déclencheur (3).

Pour mobiliser largement, la première clef consiste à aller chercher les citoyens là où ils se trouvent. Comme le développe Romain Badouard dans son regard d’expert, les réseaux sociaux offrent de nouvelles opportunités pour atteindre un grand nombre de personnes. Si leurs règles éditoriales dépendent de tiers privés, la municipalité et la société civile peuvent également se réapproprier l’espace public pour élargir ses publics et y faire vivre la démocratie. Certaines techniques issus de l’éducation populaire sont particulièrement adaptées, telles que le porteur de parole qui permet de créer du débat en interpellant des passants sur une question donnée et en leur proposant de contribuer à un “mur” des citations.

Il est également important de s’interroger sur les biais de participation générés par les conditions d’un dispositif, comme son horaire, sa méthode ou sa durée. Les publics répondent en effet différemment à une proposition de participation, en fonction de leurs ressources matérielles et immatérielles. Ainsi, on peut s’attendre à ce que les seniors s’investissent aisément dans les réunions en journée et les jeunes cadres politisés sur des plateformes numériques. Inversement, il est possible d’anticiper ces biais pour créer des conditions favorables à la participation d’un public précis : par exemple, en prévoyant un service de garde des enfants en parallèle d’ateliers de concertation pour les mères célibataires, ou en organisant des visites dans des exploitations pour aller à la rencontre d’agriculteurs.

Enfin, l’acte de participer est initié par un déclencheur : une émotion, un événement, une information, une expérience personnelle, etc. Plus un sujet résonne avec des préoccupations quotidiennes, un phénomène d’actualité ou des sources d’indignation, plus il suscitera de la mobilisation. Bien souvent, c’est également le fait de voir un proche s’engager qui incite à franchir le pas. Pour cette raison, il est très utile de s’appuyer sur des acteurs intermédiaires appartenant à différentes communautés pour susciter leur engagement (des citoyens “ambassadeurs” ou des acteurs de la société civile), par exemple les entraîneurs de clubs sportifs, les animateurs culturels ou les influenceurs de réseaux sociaux.

Contrairement à un préjugé tenace, le fait d’avoir des connaissances sur un sujet n’est pas une condition préalable nécessaire à l’engagement. C’est surtout parce que l’on a suffisamment de raisons de s’engager et la possibilité de le faire que l’on investit du temps et de l’énergie pour s’informer. En revanche, l’information une ressource précieuse pour assurer une participation de qualité. C’est là où la collectivité peut jouer un rôle crucial en diffusant une information transparente et complète, accessible au plus grand nombre, en utilisant des canaux de communication adaptés aux différents publics. Ainsi, la Maison des Projets de la ville de Lavelanet (09) est un centre de ressources à destination des habitants, autour du projet de rénovation du centre ville. Ils peuvent y consulter de la documentation, visionner le film “Lavelanet 2050”, se former aux éco-gestes et au développement durable, et émettre des propositions pour enrichir le projet.

Pour impliquer une diversité d’habitants dans les démarches participatives, représentant des milieux, des cultures et des intérêts différents, Il n’y a donc pas de solution miracle, mais une pluralité d’approches complémentaires à articuler en fonction des spécificités du territoire. Cette pluralité conditionne le succès des démarches participatives et leur intégration au coeur du projet politique porté par la municipalité.

Sources : 

(1) Alice Mazeaud et Julien Talpin, « Participer pour quoi faire ? Esquisse d’une sociologie de l’engagement dans les budgets participatifs », Sociologie, vol. 1, no. 3, 2010, pp. 357-374

(2) La Ville de Castillon-la-Bataille a été récompensée pour cette démarche dans le cadre de la 4ème édition des Trophées de la Participation organisée par la Gazette des Communes et Décider Ensemble. https://www.deciderensemble.com/page/14101-trophees

(3) https://www.involve.org.uk/resources/knowledge-base/how-and-why-do-people-participate/why-do-people-start-participating

(4) La Ville de Lavelanet a été récompensée pour cette démarche par dans le cadre de la 3ème édition des Trophées de la Participation organisée par la Gzette des Communes et Décider Ensemble. https://www.deciderensemble.com/articles/38106-3e-edition-des-trophees-de-la-participation-de-la-concertation

Poster le commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *