Parier sur l’ouverture pour regagner notre souveraineté

En vue des élections municipales de 2020, Démocratie Ouverte propose chaque semaine à un partenaire de prendre de la hauteur sur un sujet de démocratie locale. Cette semaine : Jean-Marie Bourgogne, délégué général d’Open Data France, nous explique les enjeux stratégiques liés à l’ouverture des données pour les collectivités. 

Les 10 Commandements de l’Ouverture des données publiques. Source : Open Data France

 Malgré un engagement continu des collectivité territoriales dans l’open data, avec plus de 600 d’entre elles ayant publié leurs données à ce jour, la loi République numérique semble avoir eu un faible impact sur le rythme d’ouverture : depuis 2016, environ 150 nouvelles collectivités par an publient leurs données, alors qu’au total elles sont 5101 à être tenues de le faire. Sans surprise, cet engagement concernent essentiellement les plus grandes : la totalité des régions métropolitaines et des métropoles, plus de la moitié des départements et des agglomérations de plus de 100 000 habitants. Les communes et les EPCI de moins de 100 000 habitants restent très largement en retrait (moins de 8%). Cela confirme la difficulté perçue par ces acteurs locaux à ouvrir leurs données et la nécessité d’un accompagnement de proximité fort pour les aider à comprendre les enjeux de transparence et d’innovation de l’open data.

L’animation de l’Observatoire de l’Open Data nous permet de faire un deuxième constat : celui de l’hétérogénéité de nature et de localisation des données. Ces dernières sont publiées sur une grande variété de sites : les portails locaux, le référencement national data.gouv.fr, quelques portails thématiques ou d’agrégation régionale. Très peu respectent les standards établis sous l’initiative de l’Etat (schema.data.gouv.fr) et des collectivités (scdl.opendatafrance.net). La fréquence de mise en ligne, les licences appliquées et les thématiques utilisées sont par ailleurs documentées de façon très inégale. D’une manière générale, la qualité de description des données laisse encore beaucoup à désirer, ce qui freine très probablement leur réutilisation.

Pour soutenir le développement de l’open data, plusieurs initiatives ont vu le jour, parmi lesquelles un service d’accompagnement de proximité des collectivités (OpenDataLocale), des outils d’aide à la production (D-Lyne.fr), d’extraction des données d’OpenStreetMap (GéoDataMine) et de validation des données au regard de standards (Validata). 

Les collectivités – en particulier les plus petites et les plus éloignées des centres métropolitains – ont plus que jamais besoin d’un soutien fort au niveau national, car elles sont confrontées à une double exigence : s’approprier la compétence sur la gestion et le partage des données d’une part, agir pour conserver leur souveraineté vis-à-vis de grands acteurs privés d’autre part. Non seulement il s’agit de protéger les données à caractère personnel, mais également de maîtriser les données qui concernent leur territoire.

Le numérique a pris aujourd’hui une place prépondérante dans nos vies et nos territoires. Les géants du web sont des vecteurs très puissants d’information, mais aussi de désinformation lorsqu’ils conjuguent attrait du gain et irresponsabilité démocratique, sociale et environnementale. Ils utilisent et produisent des quantités gigantesques de données dans un système encore trop opaque. Ces acteurs privés défient le rôle des acteurs publics, Etat et collectivités territoriales, qui voient leurs missions et leur souveraineté perturbées. L’information publique est trop souvent altérée pour des raisons politiques ou commerciales, sans que les leviers d’actions nécessaires soient accessibles pour les collectivités. 

Nous devons apprendre à donner du sens à l’information, comprendre la création et la circulation des données et analyser avec un esprit critique les interprétations qui en sont faites. Nous devons surtout apprendre à ne pas avoir peur des données et à leur redonner de la valeur et de la crédibilité. Il nous faut parier sur l’intelligence et sur l’ouverture pour défendre notre modèle démocratique.

 

 

    1 Commentaire

    Poster le commentaire

    Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *