Quand la radicalité démocratique inspire la campagne électorale des municipales – Elisabeth DAU

Dans le cadre des Municipales de 2020, Démocratie Ouverte publie des regards d’experts sur les bonnes pratiques et méthodes de démocratie ouverte locale, à destination des futurs maires. Cette semaine : Elisabeth DAU, Directrice du programme Municipalisme, Territoires et Transitions – Mouvement Utopia et CommonsPolis.

Soigner le processus autant que le résultat » est une préoccupation centrale de ce qui s’expérimente aujourd’hui lors de la campagne pour les élections municipales de 2020. Dans une période de forte défiance et de colère sociale s’observe un contre pied à la résignation : la repolitisation. Celle-ci n’est pas à seule finalité élective mais prétend renouveler tant les pratiques que les représentations politiques, notamment depuis l’échelle locale. Les limites de la démocratie représentative sont interrogées : professionnalisation politique, providentialisation d’un personnel largement masculin, logiques d’appareils, consumérisme électoral, distanciation de la représentation politique avec des demandes sociales urgentes qui ne se sentent ni entendues, ni traduites dans les politiques publiques. L’heure est à la défense de choix politiques courageux, à la hauteur des enjeux sociaux, écologiques, humains de la prochaine décennie (climat, alimentation, solidarité, dignité humaine, migration, etc.). Des initiatives tentent de redéployer une envie et une capacité d’agir collective, de faire société, de prendre soin de nos villes, de nos villages et de nos futurs autrement, en promouvant une démocratie plus qualitative et d’implication de tou.te.s.

Ces tentatives nous les retrouvons par exemple dans les 148 (1) listes participatives, notamment celles du réseau de La Belle Démocratie (2), ou encore celles liées aux assemblées des Gilets Jaunes (3). Il s’agit notamment de partir de la construction d’assemblées locales ou populaires, ré-occuper les espaces publics comme lieux de rencontre et d’expression, construire avec les habitant.e.s des programmes électoraux ou des projets de territoires à l’échelle intercommunale (4), féminiser la politique, etc. Les codes éthiques (5) re-tissent un lien de confiance et d’engagement entre les habitant.e.s et les élu.e.s (transparence des financements et agendas, plafonnement des indemnités, encadrement du conflit d’intérêt pendant et après le mandat électif, etc.) et reconnaissent qu’à l’exercice du pouvoir politique doit pouvoir correspondre une force de contre-pouvoir et de contrôle citoyen, une co-responsabilité entre les élu.e.s, les habitant.e.s et les agent.e.s publics territoriaux ; et donc un changement de posture de tou.te.s.

Intelligence collective et gouvernance partagée viennent en renfort avec l’élection sans candidat, la gestion par consentement, le tirage au sort ou le jugement majoritaire. Faire campagne autrement c’est éprouver ces pratiques démocratiques sans attendre d’être au pouvoir. Ces méthodes permettent de questionner et redéfinir collectivement le rôle et les qualités attendus d’une tête de liste, d’un maire ; plus axés sur le rôle de leader coopératif, d’animateur des énergies citoyennes du territoire, la capacité d’empathie. La liste candidate est vue comme un collectif avec des forces complémentaires, des personnes expérimentées en politique et d’autres plus neuves, révélant l’importance du « care » dans les relations. Une nouvelle génération s’engage et se construisent des mouvements à la fois populaires et politiques. Ces changements mettent en tension le lien aux partis politiques traditionnels, la culture électoraliste, la place des leaders, le poids de l’incarnation, la nécessaire formation de personnes qui ne sont pas expertes de la complexité de l’action publique et des rouages plus politiques.

Ces initiatives témoignent d’un renouvellement des formes de l’engagement, de l’intermédiation et de la représentation politiques. Elles sont imparfaites et c’est tant mieux !, car elles rappellent la démarche d’apprentissage et d’humilité inhérentes à la démocratie. Elles ne déboucheront pas toutes sur une victoire électorale en mars 2020 mais sont le signe d’une vitalité démocratique à entretenir et soutenir au delà des élections ! Faire campagne autrement n’est plus une simple question de victoire électorale, c’est préparer de nouvelles habitudes, cheminer et maturer collectivement au profit d’une nouvelle culture démocratique qui déborde le champ institutionnel et local.

(1) Le site d’Action Commune documente et propose une cartographie régulièrement actualisée de ces dynamiques

(2) La Belle Démocratie est un réseau qui promeut des assemblées locales, des listes participatives et un outil d’auto-évaluation de ces démarches : « La Boussole démocratique »

(3) Voir par exemple la liste candidate à Commercy

(4) Voir à ce titre l’initiative des Grenopolitains dans la métropole grenobloise et celle de la Charte de la participation citoyenne de la vallée de la Drôme et du Diois

(5) De nombreuses candidatures en France se sont notamment inspirées du code éthique de la plateforme politique Barcelona en Comú en Espagne : « Gouverner en obéissant. Code de l’éthique politique»

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